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XIII° journée mondiale des malades

C’est le sanctuaire marial de Mvolyé, à Yaoundé, qui avait été choisi par le pape, cette année, pour solenniser la journée mondiale des malades. L'abbé Raymond Lesure, prêtre du diocèse représentait les chrétiens de France, il témoigne...

 C’est l’occasion aussi de trois journées de travail, avec un certain nombre de personnalités et d’experts, autour du thème choisi par le pape. Le choix du continent africain pour cet événement n’était pas neutre puisque le thème était :

 

malades malades  

 

 

 

« Le Christ, Espérance pour l’Afrique »

(Jeunesse, Santé et Sida)

 

 

 

 

C’est peu de dire que tous les Camerounais étaient fiers que leur pays ait été choisi

(le monde entier a les yeux tournés vers le Cameroun dira le Premier ministre)

même s’ils ressentaient douloureusement, en même temps, qu’aux drames de toute sorte qui frappent l’Afrique s’ajoute aujourd’hui une nouvelle et terrible pandémie, avec une jeunesse en danger, la jeunesse qui est l’avenir de tout pays,

Aussi les trois journées furent-elles fortement imprégnées de cette dure réalité.

 

L’accueil 

Nous avons été accueillis par un hymne, du style romantique du XIX°, composé par le professeur Gervais Mendo Ze, interprété par la chorale «voix du Cénacle », accompagné au piano, clavecin, hautbois et divers instruments à cordes. En voici le refrain qui allait donner le ton de ces trois journées :

 

Admirer dans le visage de tout malade

Celui du Christ souffrant, mourant, ressuscitant ;

Apporter à toute personne malade

Le soulagement dans le Christ triomphant ;

C’est offrir à ceux qui sont dans la peine ou malades

Des gestes d’amour dans l’Esprit Vivifiant                    

 

Le chant fut suivi d’un temps de prière, animé par monseigneur Victor Tonye Bakot, archevêque de Yaoundé qui prononçât ensuite le mot d’accueil ouvrant ainsi le long protocole de la cérémonie d’ouverture pour nous souhaiter la bienvenue. Il en a profité pour remercier les pouvoirs publics qui ont contribué à l’accueil : transports, logement,  palais des congrès. Il a particulièrement souligné l’inquiétude qui est celle de l’Eglise au sujet des jeunes, point focal de son action et principale couche dans laquelle le sida ne cesse de faire de nombreuses victimes. Lorsque la jeunesse est en danger, l’Eglise, dit-il, ne peut rester indifférente et s’inspirant de la parabole du bon samaritain, il a présenté Jésus comme l’Espérance de l’Afrique.

 

Le président du SCEAM (Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar) a déclaré ensuite qu’à cause de la pandémie du SIDA, l’Afrique est aujourd’hui comparée à un continent sans espoir, ajoutant que la natalité est influencée par la transmission de la mère à l’enfant, beaucoup de mamans enceintes étant affectées du VIH SIDA. Il a plaidé pour un plan MARSHALL pour la santé en

Afrique et a conclu par des mots d’espoir : « le Christ, Espérance pour l’Afrique, est vivant donc l’Afrique vivra. »

Monsieur Ian SMITH, conseiller spécial et représentant personnel du directeur de l’O.M.S. a déploré les millions de victimes que le SIDA fait chaque année et en a appelé à plus de solidarité et de générosité.

 

Le cardinal Javier LOZANO BARRAGAN, Président du Conseil Pontifical pour la santé, après avoir transmis le salut du Saint Père, a souhaité que la parabole du bon samaritain soit appliquée à la journée mondiale des malades.

 

C’est monsieur Ephraïm INONI, Premier Ministre du gouvernement camerounais et représentant officiel du Chef de l’Etat, qui a prononcé le discours d’ouverture. Le Cameroun a engagé la lutte contre le SIDA mais est confronté à beaucoup de défis : les faiblesses structurelles, l’insuffisance des moyens financiers et d’un personnel qualifié et le taux très élevé de morbidité. Les prix des anti-rétroviraux ont été revus à la baisse et 15.000 malades sont pris en charge (ce qui veut dire aussi que plus de 900.000 ne le sont pas). Néanmoins, grâce, en particulier, aux centres de santé publics et privés, des comités de lutte contre le SIDA ont été mis en place à tous les niveaux.

(il y a malheureusement des prétendus centres, tenus par des sectes qui prétendent guérir le SIDA …moyennant bien sûr 2 millions de CFA. , soit plus de 3.000 euros).

Le Premier ministre a terminé son discours en plaidant, lui aussi, pour un plan MARSHALL pour la santé en Afrique.

 

 La Pastorale de la Santé en Afrique

 

papecolombe papecolombe  

C’est le cardinal Javier Lozano Barragan qui, en tant que président de ces journées, a commencé par présenter l’action pontificale pour la santé. Cette action repose sur l’attitude même du Christ. Jésus a accompli 22 guérisons au profit de gens qui voulaient le toucher, le voir, l’écouter, lui parler. Il a donné mission à ses apôtres d’imposer les mains aux malades pour les guérir (cf. : Marc XVI 18). Le Saint Père convie tous les hommes, des gouvernants à l’homme de la rue, en passant par les scientifiques, les professionnels de la santé, à se pencher sur la condition du malade et, rappelant la parabole du bon samaritain, à se demander ce que chacun peut faire, dans la sphère de ses responsabilités,  pour alléger les souffrances à travers le monde entier. Selon Mgr Lozano Barragan, «la face du Seigneur doit servir d’inspiration aux malades. Il a souffert et est resté joyeux (!) pour finalement sortir victorieux. La souffrance est ainsi un contact vital entre celui qui souffre et Dieu ». Il a rappelé aussi et il le redira lors des interventions des scientifiques et des experts que le drame engendré par le SIDA ne doit pas faire oublier toutes les autres maladies, mortelles elles aussi, et que le paludisme demeure la première cause de mortalité en Afrique. Quant au SIDA, il répétera plusieurs fois qu’il n’existe que deux façons de s’en préserver : la fidélité et la chasteté.  Cependant chacun est invité - et beaucoup d’intervenants insisteront sur cette question – à changer son regard à l’égard des personnes atteintes par le SIDA. Dans le récit de l’aveugle-né (Jean IX 2) les apôtres demandent à Jésus «qui a péché, lui ou ses parents ? ». Cette manière de penser pousse parfois à montrer du doigt la personne atteinte du SIDA et à concevoir sa maladie comme une punition de Dieu. « Ni lui, ni ses parents n’ont péché… » (Jean IX 3). Dieu aime tellement l’homme qu’il ne peut désirer sa mort. Il ne peut pas se dire Amour et vouloir, en même temps, la souffrance et la mort de l’homme. 

 

Il a ensuite invité les évêques d’Afrique et Madagascar et leurs délégués (26 pays d’Afrique étaient représentés) à faire le point de leurs actions en faveur de la santé.

Il faut préciser que la délégation du Togo n’a pu quitter le pays suite au décès du président Gnassingbé Eyadéma et aux événements qui s’en sont suivis.

 

Dans la longue suite des interventions, l’attention a été surtout portée, bien entendu, sur le problème du SIDA, sans oublier toutefois les endémies qui ne sont toujours pas maîtrisées en Afrique : la malaria, la tuberculose, le choléra, la diarrhée (chez les jeunes enfants surtout, le manque d’eau potable entraînant la déshydratation), la rougeole (on dit dans un pays : « ne compte pas tes enfants tant que la rougeole n’est pas passée chez toi »)…

 

Mais, selon Mgr Adalbert Ndzana, évêque camerounais, président de la Commission Episcopale pour la Pastorale de la Santé et président du Comité d’organisation de la journée mondiale des malades, 2005, «le pape a voulu tourner tous les projecteurs sur le Continent africain avec son lot de misères dont le VIH/SIDA  qui est en train d’exterminer, sans bruit, les populations africaines. » Ce choix devrait permettre une plus grande attention à l’Afrique et, grâce à l’écho des médias, susciter une interpellation forte pour rendre la trithérapie accessible à tous, ce qui n’est pas encore le cas, malgré les efforts consentis par les gouvernements.

 

Les uns et les autres ont rappelé avec force que le regard de l’Eglise sur toute personne souffrante a toujours été et restera le regard du Christ envers le monde de la souffrance, un regard de compassion, au sens fort du terme : souffrir avec. L’Eglise, depuis toujours, a été à côté des malades, des handicapés, des exclus (lépreux d’hier, sidéens d’aujourd’hui), pour leur apporter le réconfort physique, spirituel et moral et préserver leur dignité de personne humaine, créée à l’image de Dieu. Au temps de Jésus, les personnes atteintes de la lèpre étaient exclues de la société. Or Jésus les a touchées, guéries et replacées dans leur communauté. Il est pour nous une référence fondamentale. Ainsi, les intervenants attirent l’attention du personnel soignant sur le malade du SIDA qui doit être traité comme tout autre patient car il est, comme les autres malades, l’image du Christ souffrant.

 

L’attention est portée fortement sur l’éducation au comportement responsable et sur le respect de son corps et de celui d’autrui. La société d’aujourd’hui est permissive et a trop facilement accepté les rencontres éphémères où l’exercice de la sexualité est dissocié de tout véritable engagement. Reprenant la déclaration du Conseil Permanent des Evêques de France du 9 janvier 1989,  les Evêques du Tchad diront : « nous manquerions à notre mission si nous restions muets devant l’extension de conduites sexuelles qui dénaturent le sens même de la sexualité et multiplient les risques de l’épidémie. » Ils ajoutent : « la règle morale ultime est la conscience. Il revient à chacun de former sa conscience et d’exercer sa responsabilité selon la situation dans laquelle il se trouve ». Un Evêque, reprenant, lui, les propos de l’abbé Pierre a dit : « si tu ne sais pas être fidèle, à ton péché n’ajoute pas le crime ».

 

Tous les pays représentés ont souligné le manque de moyens en lieux d’accueil convenablement équipés, en personnel qualifié, en médicaments accessibles à tous et ont lancé un appel aux pays riches. Mgr Adalbert Ndzana a rappelé l’énorme élan de solidarité à l’égard des victimes du Tsunami et a demandé, à ses  frères de l’hémisphère Nord, un plan MARSHALL Catholique de lutte contre la terrible pandémie ». Il a souhaité que le rêve d’une trithérapie, accessible à tous les malades atteints du SIDA, devienne réalité.

 

La communication des experts

De nombreux organismes internationaux étaient présents : ONU/SIDA, l’O.M.S., la fondation Raoul Follereau, la Fédération Internationale des Médecins Catholiques, Caritas Internationalis ainsi que des experts scientifiques, des chercheurs, des professeurs …Le ministre de la santé du Cameroun était présent et est intervenu.

Les chiffres annoncés sont terrifiants. 70% des victimes du VIH/SIDA sont issues de l'Afrique sud-saharienne où 29 millions de personnes sont atteintes de la maladie. Plus de 10 millions de patients ont entre 15 et 24 ans. 3 millions d’enfants de moins de 15 ans vivent avec le virus. L’espérance de vie a reculé de 5 ans. Les jeunes sont les plus exposés à cause de leur comportement à haut risque. Le nombre important de jeunes femmes enceintes et séropositives rend urgent le programme de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant durant la grossesse, l’accouchement et l’allaitement.

Les recommandations ont porté à la fois sur les aspects humains et sur les aspects scientifiques. Du point de vue humain, on retrouve ce qui a déjà été énoncé dans la Pastorale de la Santé en Afrique, mais aussi une prise en compte du problème des grands-mères qui prennent en charge leurs petits enfants orphelins du sida. On notera aussi une insistance plus particulière du Père Christian Aurenche, prêtre médecin du diocèse de Paris, fondateur et directeur de l’hôpital de Tokombéré (Nord-Cameroun), donnant comme objectifs : dédramatiser la maladie, déculpabiliser les malades et la communauté, revaloriser l’homme, la famille, la vie, mettre l’homme au cœur de toute action.

Son intervention, sortant des chantiers battus et apportant un peu de lumière au milieu d’un tableau bien sombre, fut unanimement appréciée.

Du point de vue scientifique, outre les espoirs manifestés par les uns et les autres, il faut ajouter la volonté de soutenir les activités qui accéléreraient le processus de développement d’un vaccin efficace contre le VIH, développer la prévention avec des moyens appropriés, évaluer les campagnes anti-sida, valoriser l’assistance des jeunes par les psychologues, mettre en place un programme de soins palliatifs, créer un réseau des acteurs de santé. Monsieur Pierre Effa, secrétaire général de la coordination des journées mondiales de la Santé à Yaoundé, vivement et chaleureusement félicité par le Président de la coordination et par l’Archevêque de Yaoundé pour l’efficacité de son travail et sa ténacité, a d’ailleurs déjà créé l’ACASA (Action Catholique pour la Santé en Afrique).

 

Les célébrations eucharistiques.

Elles furent un temps très fort : le mercredi à la Cathédrale N.D. des Victoires, dédiée à Marie Consolatrice des affligés, le jeudi au Sacré Cœur à l’intention des malades, le vendredi (en présence du Président de la République) au sanctuaire marial de Mvolyé, dédiée à N.D. de Lourdes, salut des malades. Inutile de préciser combien ces liturgies furent vivantes. On comprend que les Africains venant en France trouvent nos célébrations bien tristes. Une foule immense, plus importante encore à l’extérieur, se pressait pour accueillir, avec des cris de joie, la centaine de prêtres et les 62 évêques, et pour faire bénir les enfants et se faire bénir. Moment d’émotion intense qui nous plongeait dans le Christ, Espérance pour l’Afrique.

Je ne remercierai jamais assez Mgr Guyard, notre évêque président le comité épiscopal pour la santé et Michel Riemer le secrétaire national, de m’avoir demandé de les représenter à ces journées inoubliables, à Yaoudé.                Raymond Lesure

Article publié par Dorothée QUENNESSON • Publié Samedi 26 mars 2005 • 11228 visites

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